Reprenons. Donc, vous avez écopé d’une présentation à faire devant le Comité de Pilotage, le Board, ou tout autre paquet d’huiles qui décident de votre avenir, sur un sujet dont vous n’avez aucune idée. Vous avez essayé de refiler la patate chaude latéralement ou verticalement dans l’organigramme, mais sans succès. Que faire ?

Bien sûr, vous pourriez commencer à vos documenter, lire les revues spécialisées, faire des recherches sur internet, et tout un tas de choses très fatiguantes. Mais je ne vous le conseille pas. Vous n’aurez probablement pas le temps, et si par miracle vous y parvenez, ce sera pour vous présenter devant vos huiles complètement échevelé et crevé. Ce qui se passera alors, c’est que tout le monde commentera votre air echevelé, et personne n’aura remarqué que vous connaissez le sujet. Vous pouvez me croire, c’est du vécu.

Non, il vaut mieux se mettre en chasse de La Personne Qui Sait. Il y a forcément quelqu’un, quelque part, qui connaît le fameux sujet. Vous vous rendrez compte, en la cherchant, que La Personne Qui Sait est un être rare et mystérieux, un peu comme le Graal. Même quand votre boîte est censée être un repaire d’experts, les gens qui savent vraiment se comptent sur les doigts d’une main.

Comment est-ce possible ? Très simple : une entreprise est partagée entre deux sortes de personnes : celles qui savent (qui sont aussi celles qui font), et celles qui font des ronds de jambe. A mes débuts, je pensais naïvement que me placer dans la première catégorie m’assurerait un avenir doré. Erreur. Seuls ceux qui font des ronds de jambe montent dans la hiérarchie, pour deux raisons principales :

1/ il faut bien quelqu’un pour faire le boulot, et ceux qui font des ronds de jambe en sont incapables, donc c’est eux qu’on fait monter dans le management

2/ Les huiles ne voient que ceux qui passent leur temps à faire leur propre publicité, et ils ignorent même que les autres existent. Ou s’ils les voient, tout ce qu’ils en retiennent, c’est qu’ils ont l’air échevelé.

Bref. Heureusement, il y a toujours de pauvres hères qui ne comprennent pas cette vérité profonde, et qui se crèvent la paillasse pour le bien commun. Une fois que vous en avez dégotté un(e), plusieurs méthodes sont possibles pour obtenir leur aide : chantage, menace, corruption, promesses fallacieuses, ou petite gâterie sous le bureau. Voire une combinaison de tout ça. Débrouillez vous, sur ce coup là, vous êtes grands aussi.

Une fois que vous avez extirpé, par des moyens plus ou moins moraux, la substantifique moelle du cerveau de Celui qui Sait, n’oubliez pas le plus important : LA PRESENTATION. Vous remarquerez qu’il arrive qu’un consultant soit débile, mais jamais qu’il soit nul en powerpoint ou mal habillé. Je vous laisse en tirer un enseignement. Je suis moi-même quasiment capable de reproduire Finding Nemo en Powerpoint, Pixar, à côté, c’est des rigolos.

Donc, même si votre contenu ne vaut pas un balle, soignez la présentation de ce grand vide sidéral, avec plein de graphiques qui ne veulent pas dire grand-chose, de petits animations à la con, beaucoup de bullet points, et plein de mots que personne ne comprends. Mettez votre plus beau costard / tailleurs noir ou bleu marine (je vous conseille Armani, ça le fait bien). Et surtout, SURTOUT, prenez un air absolument convaincu que vous détenez la vérité. C’est difficile à croire, mais je vous assure, là encore c’est du vécu, ça marche à tous les coups. Pour vous donner du cœur à l’ouvrage, rappellez vous : vous n’y connaissez peut être pas grand-chose, mais les huiles devant vous, encore moins. Mais ils ont de très beaux costards.