Pour cette petite chronique hebdomadaire – qui ne sera sans doute jamais hebdomadaire, mais j’aime bien l’expression, elle en jette un max – notre vénéré e- me proposait « Petit tour du monde du consulting – l’Italie ». Or, problème : mon activité principale en Italie étant de boire des Camparis sur les terrasses en faisant de grands gestes avec les mains, je ne me voyais pas faire son papier.

Que vous raconter, alors, pour devenir votre coach au bureau préféré, et supplanter le e- avec panache dans vos cœurs et vos favoris ? Et bien à part quelques considérations sur les ratios bancaires à se taper le cul par terre d’ennui, l’enseignement principal des mes presque dix longues années chez un grand du conseil reste, j’en ai peur, Comment faire une superbe présentation - avec le numéro de claquettes qui va avec - sur un sujet que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam ?

Je sais ce que vous pensez. Si vous n’êtes pas consultant, vous trouvez que ça fait peu, comme enseignement en dix ans – et si vous êtes consultants, vous savez bien que j’ai raison. Mais ne vous méprenez pas, pipeauter avec talent est un art, qui demande une certaine prédisposition naturelle, et de looooongues années de pratique.

Donc, que faire lorsqu’un couillon enfariné vous demande, de but en blanc, de faire une petite prèze sur, au choix : le remplacement du ratio de Cooke par celui de Mc Donough, les nouvelles tendances en matière de data-mining, ou l’impact du CRM sur les ventes, et que vous ne connaissez même pas ces mots, comme la plupart des gens normaux sur cette terre ?

Avant toute chose, avant donc de vous mettre à courir comme un poulet sans tête sur votre open space, complètement paniqué(e), il convient de se demander en priorité : QUI vous pose la question ?

a/ un être hiérarchiquement égal, ou même pire, Dieu nous en garde, un être hiérarchiquement inférieur. Alors là, vous pouvez vous détendre, et même vous bidonner un bon coup. Votre rire peut être d’une intensité inversement proportionnelle à la probabilité de voir Couillon promu et devenir votre chef – ça arrive, ça, les enfants, ça arrive, et dans ces cas là vous remonte à la figure toutes les saloperies que vous avez infligé à votre collègue. Donc pensez-y.

b/ un être hiérarchiquement supérieur, mais pas votre supérieur en droite ligne. Alors là ça dépend. Chez un big 4, un associé est un associé et il convient de se prosterner quoi qu’il arrive. Dans d’autres entreprises, on ne se prive pas de dire au gêneur d’aller voir ses équipes au lieu de faire chier, voire, pour aller pleurnicher chez son n+1. Passez donc cinq minutes sur ces considérations de politique interne. Vous avez encore une chance de feinter le truc.

c/ votre supérieur hiérarchique. Je serais franche et directe, il n’y a qu’une seule bonne réponse : « mais bien sûr chef, sans problème chef, vous pouvez compter sur moi chef» et avec le sourire s’il vous plaît. Car avouer que vous ne connaissez pas le sujet serait un peu comme lui dire que vous avez une forme hyper contagieuse de lèpre : vous êtes grillés, et on vous regarde avec dégoût dans les couloirs pendant des mois. En somme, ce serait un cas sévère de CLM (Career Limiting Move), terme vedette chez mon regretté ex-employeur.

Donc vous dites oui, et vous voilà sacrément dans la merde. Mais ce n’est rien ! Je suis avec vous et vous allez négocier ce tournant délicat avec brio.

Première étape : jetez-vous sur le Dialector pour comprendre les mots cruciaux comme CRM ou data-mining.

Deuxième étape : attendez la semaine prochaine (ou quand j’aurais le temps de continuer) parce que là ça commence à faire une sacré tartine et j’ai autre chose à faire aussi.

PS 1 : tiens je vais peut être écrire un livre sur la question, finalement…

PS 2 : tiens j’y pense, étant donné le contenu de mon billet, j’aurais très bien pu vous pondre une note sur le consulting en Italie, finalement…